Facturation
Calcul du TJM freelance : la méthode pas à pas, avec un exemple chiffré
Calcul du TJM freelance : revenu net visé, cotisations de micro-entrepreneur, jours facturables et trésorerie, avec un exemple chiffré pas à pas.
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Le TJM n’est pas ce que facture le voisin. C’est le chiffre qui reste quand on part de ce que vous voulez gagner, qu’on y ajoute les cotisations, les frais, la TVA éventuelle, puis qu’on divise par les jours que vous facturez vraiment. Beaucoup de freelances font l’inverse : ils regardent trois profils LinkedIn, retranchent 10 % pour « être compétitifs » et découvrent en mars que l’URSSAF et le coworking ont mangé la moitié de leur chiffre d’affaires.
Voici la méthode que j’utiliserais pour fixer un taux journalier moyen, avec un exemple chiffré en micro-entreprise. Les taux et seuils viennent des sites officiels (URSSAF, service-public.fr, impots.gouv.fr), cités au fil du texte. Les montants de l’exemple, eux, sont des hypothèses : remplacez-les par les vôtres.
TJM, taux horaire, forfait : trois façons de vendre le même temps
Le TJM (taux journalier moyen) est le prix HT d’une journée de travail : c’est le chiffre que la plupart des clients demandent quand ils cherchent un freelance. Le taux horaire, ou tarif horaire freelance, en est une déclinaison, utile pour les petites demandes. Le forfait, lui, fixe un prix pour un livrable, quel que soit le temps passé. Le choix dépend surtout de qui porte le risque de dérapage.
- TJM ou régie : le client achète des journées. Vous êtes payé pour chaque jour travaillé, le client suit le temps passé. Idéal quand le périmètre bouge ou que vous intervenez au sein d’une équipe. Le revers : votre revenu plafonne avec le nombre de jours disponibles.
- Taux horaire : pratique pour un dépannage, une réunion imprévue, une modification hors périmètre. Évitez-le comme unique unité de facturation sur une mission longue : il pousse le client à compter vos minutes.
- Forfait : adapté à un livrable défini (site vitrine, audit, identité visuelle). Vous portez le risque d’allonger le temps, à vous de borner le nombre d’allers-retours dans le devis. Comptez large : 15 à 25 % au-dessus de votre estimation en jours, c’est mon repère d’expérience, pas une norme.
La formule du TJM : partir du revenu visé, pas du marché
La logique est toujours la même : revenu net que vous voulez dégager, plus ce qui part en cotisations, plus vos frais professionnels, le tout divisé par vos jours facturables. Tout l’enjeu est de donner des valeurs réalistes à chaque terme.
Étape 1 : le revenu net visé
Partez d’un montant mensuel avant impôt sur le revenu, celui qui paie votre loyer et votre vie. Multipliez par douze. Prévoyez aussi une ligne pour les périodes creuses : si vous voulez 3 000 € par mois, ne calculez pas sur 3 000 € mais sur ce montant plus un coussin que vous constituez en trésorerie.
Étape 2 : les cotisations du micro-entrepreneur
En micro-entreprise, les cotisations sociales se calculent en pourcentage du chiffre d’affaires encaissé, sans déduire vos frais. D’après service-public.fr, les taux 2026 sont de 21,2 % pour les prestations de services relevant des BIC, de 25,6 % pour les professions libérales non réglementées (BNC) et de 23,2 % pour les professions libérales relevant de la Cipav. Si vous optez pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu, le taux global passe à 27,8 % en BNC non réglementée.
À cela s’ajoute la contribution à la formation professionnelle : 0,2 % du chiffre d’affaires pour une profession libérale, versée en une fois en novembre (service-public.fr). Le classement de votre activité (BNC, BIC, Cipav) dépend de ce que vous faites réellement : en cas de doute, vérifiez-le auprès de l’URSSAF avant de caler votre calcul.
Étape 3 : les frais professionnels
Logiciels, matériel, assurance, coworking, comptable éventuel, formation, téléphone. En micro, ces frais ne réduisent pas vos cotisations ni, sauf option pour le réel, votre base d’impôt, mais ils sortent bien de votre poche : il faut donc les financer par votre TJM. Faites la somme sur douze mois, y compris les dépenses annuelles que vous oubliez (nom de domaine, assurance, licence).
Étape 4 : les jours réellement facturables
C’est l’erreur la plus fréquente. Une année compte à peu près 260 jours ouvrés, mais vous n’en facturez qu’une partie : congés, jours fériés, maladie, prospection, devis non signés, comptabilité, formation, intercontrat. Le bon réflexe est de calculer votre nombre à vous : partez de 260, retranchez vos semaines de congés, vos jours fériés en semaine et une estimation honnête du temps non facturé. Un résultat entre 150 et 200 jours selon l’activité est courant, mais il n’y a aucune moyenne officielle à laquelle se fier : prenez vos propres agendas des douze derniers mois.
Un exemple chiffré en micro-entreprise (BNC)
Hypothèses : un freelance en prestations intellectuelles non réglementées veut 36 000 € nets par an avant impôt sur le revenu (3 000 € par mois). Il paie 3 000 € de frais professionnels par an. Taux appliqués au chiffre d’affaires : 25,6 % de cotisations et 0,2 % de contribution à la formation, soit 25,8 %.
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Revenu net visé, avant impôt sur le revenu | 3 000 € × 12 | 36 000 € |
| Frais professionnels annuels | hypothèse | 3 000 € |
| Somme à conserver sur le chiffre d’affaires | 36 000 + 3 000 | 39 000 € |
| Part du chiffre d’affaires qui reste après cotisations | 100 % − 25,8 % | 74,2 % |
| Chiffre d’affaires annuel nécessaire | 39 000 ÷ 0,742 | environ 52 560 € |
Il reste à diviser par vos jours facturables. Le tableau montre à quel point ce seul paramètre déplace le résultat.
| Jours facturés par an | TJM minimum (HT) | Équivalent horaire sur 7 h |
|---|---|---|
| 140 | environ 375 € | environ 54 € |
| 160 | environ 329 € | environ 47 € |
| 180 | environ 292 € | environ 42 € |
| 200 | environ 263 € | environ 38 € |
Ce montant est un plancher : en dessous, vous travaillez pour moins que votre objectif. Il ne dit pas combien vous devez facturer. Un client qui tire un vrai bénéfice de votre travail paiera plus que votre plancher, et c’est là que se joue votre vraie marge.
- Part du CA absorbée par les cotisations
- 25,8 %
- 25,6 % + 0,2 % de formation, BNC non réglementée
- CA nécessaire pour 36 000 € nets
- 52 560 €
- Avant impôt sur le revenu, avec 3 000 € de frais
- TJM plancher à 160 jours
- 329 €
- 263 € à 200 jours, 375 € à 140 jours
TVA et plafonds : deux seuils qui changent votre TJM
Dans l’exemple, le chiffre d’affaires dépasse 41 250 €. Or, selon service-public.fr, la franchise en base de TVA pour les prestations de services s’arrête à 37 500 € de chiffre d’affaires de l’année précédente, avec une tolérance à 41 250 € dans l’année en cours. Passé le seuil, vous facturez la TVA. Pour vos clients professionnels, qui la récupèrent, c’est neutre : votre TJM reste hors taxes. Pour un client particulier, votre prix TTC augmente d’autant, à anticiper dans vos devis.
Tant que vous êtes en franchise, vos factures doivent porter la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI », et vous ne récupérez pas la TVA sur vos achats. À l’autre bout, le régime micro prend fin si votre chiffre d’affaires dépasse 83 600 € deux années de suite pour les prestations de services et activités libérales (service-public.fr, plafonds applicables en 2026). Un TJM plus élevé vous fait atteindre ce plafond avec moins de jours : c’est un bon problème, mais mieux vaut le voir venir.
Trésorerie : le TJM ne se confond pas avec ce que vous gardez
Trois flux surprennent les nouveaux freelances. D’abord les cotisations : vous les déclarez et les payez chaque mois ou chaque trimestre en fonction du chiffre d’affaires encaissé, donc elles suivent vos factures payées, pas vos factures émises. Ensuite la contribution à la formation, en novembre, qui tombe une fois par an. Enfin l’impôt sur le revenu : sauf versement libératoire, il se règle via le prélèvement à la source sur la base de vos revenus de l’année précédente, ce qui peut créer un écart quand votre activité monte vite.
- Mettez de côté dès l’encaissement : environ un quart du chiffre d’affaires pour les cotisations en BNC non réglementée, plus une part pour l’impôt selon votre foyer.
- Calez vos factures sur le calendrier de vos cotisations, et pas sur ce qui vous arrange : une facture payée en retard décale aussi vos charges.
- Gardez l’équivalent de deux ou trois mois de dépenses en réserve avant de réduire votre TJM pour décrocher une mission.
Le délai de paiement fait partie du prix. Un client qui paie à 60 jours vous coûte de la trésorerie : demandez un acompte, ou un règlement à 30 jours. Les mentions obligatoires de la facture incluent d’ailleurs les pénalités de retard et, pour les clients professionnels, l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement (service-public.fr). Notre guide sur les conditions de paiement détaille les délais habituels.
Du plancher au prix : positionner son TJM
Une fois le plancher connu, trois leviers servent à fixer le prix affiché. La rareté : un profil introuvable sur le marché se vend plus cher. Le résultat : ce que vaut votre mission pour le client (un tunnel d’achat qui convertit mieux, un audit qui évite une sanction) se prête à un prix au forfait. L’urgence : une livraison sous trois jours ne se facture pas comme une livraison sous trois semaines.
Pour situer le marché, croisez plusieurs sources plutôt qu’une : demandez à deux ou trois confrères de votre domaine, lisez les offres de mission publiques, observez ce que les agences revendent. Aucune enquête de TJM ne vaut votre propre carnet de commandes : si vous signez tout du premier coup, vous êtes probablement trop bas.
Annoncer une hausse de TJM à un client existant
Prévenez avec un délai raisonnable (un à deux mois), appliquez le nouveau tarif aux nouvelles missions ou au renouvellement, jamais rétroactivement sur un devis signé. Donnez une raison simple (évolution de votre expertise, charge de travail, indexation) et proposez une alternative si le budget bloque : moins de jours, périmètre réduit.
Objet : Évolution de mes tarifs à compter du 1er janvier 2027
Bonjour [Prénom],
Je me permets de vous informer d’une évolution de mon tarif journalier à compter du 1er janvier 2027. Il passera de [400] € HT à [440] € HT pour toute nouvelle mission et pour les jours qui s’ajouteraient à notre contrat en cours.
Les prestations déjà commandées avant cette date restent facturées au tarif actuel. Cette évolution tient à [l’élargissement de mon périmètre d’intervention / l’augmentation de mes coûts / ma charge de travail actuelle].
Je tiens beaucoup à poursuivre notre collaboration. Si vous le souhaitez, nous pouvons en parler lors d’un point de dix minutes, ou ajuster le périmètre pour rester dans votre budget.
Cordialement,
[Votre nom]Remises : ce qu’il vaut mieux éviter
- Ne baissez jamais votre TJM sans retirer quelque chose en échange : un périmètre plus court, un délai plus long, moins d’allers-retours.
- Réservez la remise à un engagement réel : un contrat de plusieurs mois ou un règlement à l’avance.
- Notez chaque remise accordée. Si elle devient la règle, c’est votre tarif affiché qui est faux.
Écrire le tarif noir sur blanc
Le TJM ou le forfait doit apparaître dans le devis, avec la définition d’une journée (sept heures ? huit ?), les frais refacturés et ce qui se passe au-delà du périmètre. Reportez ensuite exactement les mêmes lignes sur la facture : un total vague invite à la contestation. Avec QuickBilling, vous pouvez créer devis et factures dans un même espace et garder vos lignes de prestation cohérentes d’un document à l’autre.
